La Cathédrale de Chartres se voit de très loin avant de se voir de près. Lorsque vous lui ferez face sur le parvis, elle se présentera sous sa plus belle façade encadrée par ses deux remarquables clochers.
S'orienter
Comme toutes les églises, le chœur de la Cathédrale est orienté à l’est, là où le soleil se lève, symbole de la résurrection du Christ.
Cette orientation détermine celle des trois accès à l’ouest, au nord et au sud dans la tradition du plan en croix latine des églises.
A l’ouest, le portail Royal, véritable chef-d’œuvre du XIIe siècle dont les trois baies sculptées en arc brisé donnent accès au vaisseau central de la nef.
Au nord et au sud, deux autres portails, également à trois baies, sculptés au début de XIIIe siècle donnent accès au transept.
Les deux clochers, également identifiés par leur côté, nord et sud, portent un nom :
- Au nord, se dresse le clocher Neuf (hauteur 114 m) en raison de sa flèche de style gothique flamboyant édifiée en 1513. Elle couronne la tour nord érigée au XIIe siècle, de style roman, qui est un peu plus ancienne que sa jumelle au sud.
- Au sud, s’élève le Vieux clocher (hauteur 103 m). Bien que la tour sud ait été construite après la tour nord, son clocher en pierre demeure tel qu’il a été achevé en 1160.
La Cathédrale qui se présente à vous a été consacrée le 24 octobre 1260, Cathédrale de l’Assomption de Notre-Dame. Son histoire est déjà longue : la Cathédrale de 1260 est issue d’une longue lignée d’églises cathédrales dont les chœurs se situaient au même emplacement.
Son histoire jusqu'en 1260
Une première église est mentionnée dès le IVe siècle. Des fondations de ces anciennes églises sont encore visibles dans la première crypte dite de Saint Lubin, évêque du milieu de VIe siècle.
Après le pillage de la ville et la destruction de sa cathédrale par les Vikings en 857, Charles le Chauve aurait offert à la nouvelle Cathédrale, la relique de la Sainte Chemise à une date que la tradition fixe à 876.
En 1020, la Cathédrale est de nouveau détruite par un incendie, l’évêque Fulbert entreprend sa reconstruction : Une nouvelle Cathédrale de style roman, consacrée en 1037, s’élève sur une seconde crypte en forme de fer à cheval qui forme une église basse destinée à l’accueil des pèlerins.
En 1134, un nouvel incendie détruit l’Hôtel-Dieu et le quartier situé devant la Cathédrale. Un agrandissement côté ouest devient possible. La construction de la tour nord commence puis celle du corps central avec le portail Royal surmonté de trois verrières en arc brisé. La tour sud avec son clocher en pierre est achevée en 1160. Cette nouvelle façade adossée à un porche voûté ouvre sur la nef romane de Fulbert. Enfin, les deux côtés de l’église basse sont allongés à l’ouest pour atteindre la base de chacune des deux tours d’où des escaliers y mènent.
60 ans plus tard, en 1194, un autre incendie ravage la ville et la Cathédrale : l’église basse, la tour nord, le clocher sud, la partie inférieure de la façade ouest avec ses trois verrières sont épargnés. Les Maîtres bâtisseurs du début du XIIIe siècle savent désormais bâtir plus haut, plus ouvert, plus lumineux. La progression du chantier va s’effectuer de l’ouest vers l’est. Une nouvelle nef de style gothique s’élève à 36,5 mètres sur les fondations de la précédente. Son pignon ouest décoré d’une rose se pose au-dessus de la façade du XIIe siècle épargnée par l’incendie. Un nouveau transept plus long est construit dont les portails au nord et au sud, achevés en 1225, sont chacun couronnés d’une immense rose.
En moins de trente ans, la Cathédrale est reconstruite et avant 1250 les décors vitrés sont tous posés. Pourtant, la dédicace solennelle de la Cathédrale n’interviendra que plus tard, en 1260, après un nouvel aménagement du chœur liturgique.
A Paris, un autre chantier s’achève également en 1260 : la Cathédrale Notre-Dame de Paris est à cette date presque terminée, 200 ans après son commencement en 1163.
La Cathédrale qui se présente à vous aujourd’hui est donc issue de quatre périodes de réalisations artistiques exceptionnelles aux XIe, XIIe, XIIIe et XVIe siècles.
Edifiée au tout début du XIIIe siècle en moins de trente ans, sa nef gothique s’élève sur les fondations de la cathédrale romane du XIe siècle dont elle recouvre l’immense crypte. Elle vient s’ouvrir à l’ouest sur le portail Royal et les deux tours clochers réalisés au XIIe siècle. Cathédrale à la charnière de l’art roman et de l’art gothique, sa tour nord est couronnée d’une nouvelle flèche en pierre de style gothique flamboyant au tout début du XVIe siècle.
A compter de sa consécration en 1260, la Cathédrale ne va quasiment plus évoluer dans son architecture et se présente à vos yeux comme elle se présentait aux pèlerins du XIIIe siècle. Ses décors sculptés et vitrés – 150 baies et fenêtres – réalisés au XIIe et XIIIe siècles ont traversé les siècles presque indemnes.
Son histoire après 1260
A la fin du XIIIe siècle, une sacristie est adjointe sur le flanc nord.
Au XIVe siècle, un petit bâtiment, appelé Chapelle Saint Piat, est construit à l’est pour servir de salle au Chapitre (1). Une chapelle dédiée à Saint Piat complète l’édifice qui sera agrandi et relié au chœur de la Cathédrale par un escalier couvert d’une galerie en 1358. La Chapelle Saint Piat abrite aujourd’hui le trésor de la Cathédrale.
Au début du XVe siècle, une chapelle appelée Chapelle de Vendôme est ajoutée sur le côté sud de la nef entre deux contreforts avant le transept pour répondre au vœu de Louis de Bourbon, comte de Vendôme. Sa verrière de style gothique flamboyant partiellement détruite à la Révolution a été restaurée.
En 1506, le beffroi en bois couvert de plomb du clocher nord est foudroyé : Il sera remplacé par une flèche en pierre en 1515 dans le style gothique flamboyant de l’époque. Le Maître maçon, Jehan de Beauce, en charge de l’ouvrage réalisera également le Pavillon de l’Horloge et le tour du choeur liturgique.
En 1520, le Pavillon de l’Horloge, structure extérieure devant la première travée du côté nord de la nef est édifié pour abriter un mécanisme d’horlogerie qui actionnait le timbre à marteau sonnant les heures, placé dans le clocher nord, ainsi que l’horloge du pavillon. Ce mécanisme était relié au timbre par un système de tringles extérieures fixées à la paroi de la tour nord et devait être remonté tous les jours.
A la même époque, un cadran solaire est fixé sur le contrefort sud du Vieux clocher : c’est l’ange au cadran. La statue colonne qui le soutient provient vraisemblablement du portail Royal, des ailes sculptées lui ont été rajoutées lors de l’installation du cadran en 1528.
Sous la Révolution, des bas-reliefs et des statues sont mutilés notamment au portail nord. La toiture de plomb est arrachée et fondue. Les croix des clochers sont abattues ainsi que leurs girouettes. Au début de XIXe siècle, la toiture de plomb, les croix et leur girouette sont rétablies, un soleil sur le clocher Neuf et un croissant de lune sur le Vieux clocher.
En juin 1836, un incendie accidentel détruit la charpente en bois du XIIIe siècle, la couverture de plomb et les cloches.
Une charpente métallique en fonte est installée avec une couverture de plaques de cuivre qui donne à la toiture sa couleur verte actuelle depuis 1841.
(1) Chapitre de la Cathédrale : l’ensemble des chanoines titulaires en charge de la Cathédrale. Ils étaient 72 jusqu’à la Révolution.
